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S’asseoir : une posture pour chacun

Il ne saurait être question de définir LA posture de la prière silencieuse, une seule manière de s’asseoir qui serait adaptée à cette pratique. Chacun est bâti différemment, et une manière de se tenir qui sera bonne pour l’un entraînera des douleurs chez l’autre. On peut s’inspirer de la manière de faire du voisin, si cela s’avère bon, mais sans se laisser impressionner et entraîner à prendre des attitudes qui seraient inadaptées. A chacun de trouver sa manière de s’asseoir ; cela demande parfois de longs ajustements, pour trouver la bonne hauteur de siège, une position juste pour les mains. N’hésitez pas à bricoler, à essayer des solutions. Passer outre alors qu’on ressent des douleurs ou que l’on ne tient pas en place peut être nocif au plan physique, et ne risque pas de favoriser la prière. Notre corps est ainsi fait que si nous l’ignorons, il deviendra rapidement notre principale préoccupation.

Quelles que soient les solutions que l’on trouve peu à peu, pour se tenir assis durant une petite demie heure, l’essentiel, c’est de ne plus avoir besoin de bouger. Dire cela est très différent d’une interdiction de bouger. On ne place pas une contrainte, sous le poids de laquelle on vivrait le temps de méditation en soupirant et en souffrant, attendant la délivrance ! On recherche quels moyens simples permettent de se tenir tranquille, sans voir envie de bouger.

Parmi les diverses manières de s’asseoir sur un siège, sur un petit banc, ou sur un coussin, il y a cependant une constante, applicable en toutes circonstances : la manière de positionner son bassin. Un petit exercice permet de comprendre ce point essentiel de l’assise. Asseyez-vous à peu près au milieu d’une chaise, et laissez-vous aller en arrière, le dos contre le dossier. Notez comment votre bassin est en contact avec la chaise, quel est son point d’appui. Remarquez que votre dos, appuyé contre le dossier est rond. Sans bouger le point d’appui du bassin, avancez la tête vers l’avant, ce qui va faire basculer peu à peu le dos. À un moment, vous allez ressentir comme un ressaut, votre point d’appui sur la chaise aura basculé vers l’avant. La partie du bassin sur laquelle vous êtes assis n’est en effet pas une pointe, mais un os à deux pans, ce qui induit deux positions possibles du bassin à l’égard de la chaise. Dans la méditation, il faut s’asseoir dans la position où le bassin est basculé vers l’avant, et non pas vers l’arrière. Cela entraîne que le haut des cuisses est bien posé sur la chaise, et que dans la plupart des cas, les genoux sont plus bas que le bassin

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Les petits tabourets de prière, dont le haut est incliné, obligent le bassin à se tenir dans cette position. Une fois que l’on a bien compris ces deux positions du bassin, on peut s’asseoir au fond de la chaise, le bassin vers l’avant, on ne ressent pas le besoin de s’appuyer au dossier. Ce positionnement du bassin a deux effets importants : d’une part il place le dos dans une position stable et naturelle ; d’autre part, il dégage bien l’abdomen et libère ainsi la respiration. Bassin en avant, le bas du dos présente une cambrure, qui lui est naturelle. Aussi, si l’on s’appuie sur un plan vertical, comme un mur, on doit ressentir deux points de contact, au niveau du coccyx et des épaules, le reste du dos étant décollé du mur. Cette courbure est normale, et il serait néfaste de s’obliger à appuyer l’ensemble du dos au mur pour « se tenir droit » : on se tiendra vertical, mais en faisant violence aux mécanismes naturels qui nous permettent de nous redresser.

Si l’on médite sur une chaise, une fois le bassin en place, le haut des cuisses reposant bien sur toute la chaise, on cherche à poser ses pieds. Si la hauteur de la chaise le permet, on les pose à plat sur le sol, un peu écartés. Si la chaise est trop basse, on laisse les jambes souples sous la chaise, se croisant éventuellement, en gardant les cuisses bien appliquées sur la chaise. Cela suggère que pour chacun, il y a une hauteur de chaise qui est optimale, et qui n’est pas forcément la hauteur standard. Essayez les diverses chaises qui sont à votre disposition, et si vous n’en trouvez pas qui vous permette de bien placer le bassin tout en ayant les pieds à plat sur le sol, n’hésitez pas à choisir une chaise plus basse ou plus haute ou même à la compléter d’un coussin.

On peut ressentir le besoin de s’asseoir par terre. Ce n’est pas tant pour « ressentir une énergie venant du sol », comme on l’entend parfois, que pour rechercher une stabilité plus grande. Lorsqu’on est assis sur une chaise, même si on prend les moyens d’une bonne assise, les surfaces d’appui sur lesquelles repose le poids du corps restent limitées et l’on se sait toujours un peu sur pilotis. Il y a de multiples façons de s’asseoir par terre. Certaines nécessitent un apprentissage, pour acquérir progressivement la souplesse nécessaire.

Si vous méditez sur un tabouret de prière, il faut vérifier qu’il est incliné, et que sa hauteur vous convient. Vous pouvez augmenter sa hauteur, si c’est nécessaire, en plaçant sous les pieds du tabouret des petites cales, ou un coussin sur le tabouret. S’il vous vient après quelques minutes des crampes dans les genoux ou des fourmis dans les mollets, trouvez une autre solution, ne forcez pas. N’hésitez pas à mettre sous vos genoux un tapis ou une couverture, pour rendre le sol moins dur sous l’appui des genoux. Si cette forme d’assise vous convient, vous verrez qu’elle a l’avantage de placer le dos dans une position confortable, droite sans être tendue, et qu’elle invite à l’immobilité. La stabilité et l’ouverture de l’abdomen pour la respiration seront améliorées si on ouvre un peu les genoux, de manière à ce qu’ils constituent un triangle, et non pas deux parallèles.

Si l’on médite sur un coussin, il faut que celui-ci soit suffisamment ferme et haut (10-20 cm), comme les zafu utilisé dans le zen ; on peut trouver des solutions de remplacement avec des couvertures pliées. Évitez de vous asseoir sur un oreiller de mousse ou de plume, car il sera trop mou et ne restera pas assez haut. On peut adopter la position en tailleur, le demi-lotus ou le lotus complet.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa position en tailleur ne peut être stable si on la pratique directement sur le sol : elle nécessite que l’on soit assis sur un coussin ou une couverture pliée. L’un des inconvénients de cette position, qui est pourtant accessible à presque tout le monde, est de basculer le bassin vers l’arrière. Le dos a donc du mal à se tenir droit. La situation s’améliore un peu si on s’assoit sur un bon coussin ; on n’hésitera pas non plus à s’appuyer contre un mur. L’autre problème est lié au fait que les surfaces de contact avec le sol sont étroites. Le poids des jambes ne repose que sur les talons. Les pieds reposent eux-mêmes sur le sol par le bord externe. Cela n’induit pas une sensation de grande stabilité. On peut remédier à cela en plaçant des petits coussins entre les genoux et le sol, à l’extérieur des pieds : cela augmente la surface de pose et aide les jambes à se détendre.

OLYMPUS DIGITAL CAMERASi on se sent bien en tailleur, on peut décroiser les jambes sur le sol. Parfois on le fait facilement d’un côté et pas de l’autre. On peut gagner de la souplesse en plaçant un coussin sous la jambe la moins souple. Celle-ci va se détendre, grâce au coussin et peu à peu, en répétant l’exercice durant quelques jours ou quelques semaines, il va devenir possible de poser les deux jambes par terre. La posture ainsi réalisée place bien le dos et donne une bonne assise. Elle peut gêner certains, car elle impose un angle de fermeture des genoux assez aigu. Il vaut mieux, de ce fait ne pas la pratiquer avec un pantalon qui risque de gêner la circulation sanguine.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAC’est le demi-lotus et le lotus qui apportent la meilleure stabilité, au prix d’une fermeture minimale des genoux. L’apprentissage de ces deux dernières postures, très adaptées à la méditation, ne doit se faire que très progressivement, pour éviter des violences sur les articulations…

Il est particulièrement dangereux pour les genoux d’arriver au demi-lotus en prenant un pied et en le posant sur l’autre genou avec les mains, en forçant un peu au passage. Ce n’est généralement qu’après une longue pratique que l’on peut acquérir la souplesse nécessaire au demi-lotus ou au lotus complet. Cela n’est pas possible pour tout le monde, il ne faut donc jamais forcer. Le lotus complet a l’avantage de donner une posture parfaitement stable et symétrique, puisque ce sont les deux genoux qui reposent sur le sol. Le dos s’en trouve placé de manière très juste. C’est une position qui favorise la méditation, car elle induit un tonus dans le dos et une détente du reste du corps.

La pratique de ces deux postures nécessite un travail d’assouplissement patient. Il est préférable d’en faire l’apprentissage sous la conduite de quelqu’un de compétent, par exemple dans le cadre de cours de yoga.

Un livre pour découvrir cette forme de prière

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Le livre de Jean Marie Gueullette, Petit traité de la prière silencieuse, publié chez Albin Michel en 2011 vous apporte tous les éléments nécessaires pour découvrir et pour pratiquer cette forme de prière. Il vous permettra aussi de mieux comprendre comment elle a été vécue tout au long de l’histoire chrétienne, sous des appellations variées : prière monologiste, prière de simple présence, prière de simple regard…

En voici la table des matières :

Une prière simple

Ne rien faire d’autre qu’un acte de foi

Une prière efficace ?

Comment faire ?

Un combat, une discipline

Une manière de prier parmi d’autres

Une longue histoire

Les sessions de prière silencieuse

Si vous voulez mettre en pratique cette forme de prière très simple, vous pouvez le faire seul, en vous aidant, si vous le souhaitez, des indications données dans les livres de J.M. Gueullette, Petit traité de la prière silencieuse, Albin Michel, 2011, et L’assise et la présence, Albin Michel, 2017. Chaque année ont lieu une ou deux sessions, sur un week-end, qui permettent de pratiquer ensemble, en écoutant l’enseignement d’un maître spirituel de la tradition chrétienne, comme Maître Eckhart ou François de Sales. Ces sessions, animées par le frère Jean Marie Gueullette et les moniales dominicaines de Taulignan ont lieu au monastère de Taulignan, dans la Drôme voir leur site.

La prochaine session,

Prier en silence à l’écoute de la tradition chrétienne

aura lieu, en 2017, du vendredi 1 décembre (18 h) au dimanche 3 décembre (15 h).

Renseignements et inscriptions sur accueil.op26@orange.fr

 

Une pratique chrétienne très ancienne

Dans son Catéchisme, l’Église catholique encourage la pratique d’une manière de prier qui repose sur la répétition du nom de Jésus :

L’invocation du saint nom de Jésus est le chemin le plus simple de la prière continuelle. Souvent répétée par un cœur humblement attentif, elle ne se disperse pas dans un « flot de paroles (Mt 6, 7) », mais « garde la Parole et produit du fruit par la constance (Lc 8,15). » Elle est possible en tout temps car elle n’est pas une occupation à côté d’une autre mais l’unique occupation, celle d’aimer Dieu qui anime et transfigure toute action dans le Christ Jésus[1].

Croix

La sobriété de cette prière dans laquelle la parole se réduit à un mot, la simplicité de sa pratique, qui repose sur une humble attention du cœur, ont depuis longtemps attiré certains chrétiens. Voulant consacrer du temps à Dieu dans une forme aussi simple que possible, désirant répondre à l’appel de l’évangile en « priant leur Père dans le secret (Mt 6, 6) », des moines et des laïcs ont cherché à se rendre disponibles, présents à Dieu. Ils ont compris que Dieu est toujours proche de l’homme, présent au plus profond de son cœur : à leurs yeux, la prière ne consiste pas à faire venir Dieu, mais à rendre l’homme attentif à la présence de Dieu.

Il est difficile de donner une date de naissance à cette manière de prier. Déjà, dans la Bible, un psaume proclame

Je n’ai pas le cœur fier, ni le regard ambitieux. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse. Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère[2].

« Tenir son âme égale et silencieuse », voilà sans doute une bonne définition de l’attitude intérieure dont il est question ici. Se tenir dans le calme intérieur, de manière à être disponible à la présence de Dieu.

Vous trouverez une présentation de la longue histoire de cette prière silencieuse chrétienne dans le livre de J.M. Gueullette, Petit traité de la prière silencieuse, Albin Michel, 2011, dans le chapitre Une longue histoire, p. 153-178.

[1] . Catéchisme de l’Église catholique, 1992. § 2668.

[2] . Ps 131.

Une respiration paisible

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Lorsqu’on est assis dans une posture qui convient, la respiration se calme, elle a tendance à descendre. On ne respire pas avec les épaules, comme lorsqu’on cherche sa respiration parce qu’on a couru. Au contraire, la respiration semble se faire essentiellement par le mouvement de l’abdomen, qui se gonfle à l’inspiration. Si vous n’êtes pas habitué à ce genre de sensation, vous pouvez placer une main à plat sur le ventre, pour ressentir ce mouvement, et le favoriser.

Dans la respiration tranquille que l’on a au repos, seule l’expiration est un effort. Nous n’avons pas besoin de chercher de l’air, nous avons juste à vider celui qui sur place. En effet, les muscles qui se situent entre les côtes ont comme fonction de réduire le volume de la cage thoracique, en rapprochant les côtes. Comme des ressorts, ils laissent les côtes s’écarter dès qu’ils ne sont plus contractés, et ce mouvement permet à la cage thoracique de se remplir d’air. Ici encore, si cela ne vous est pas familier, prenez un peu de temps pour observer ce qui se passe, et pour ressentir que si vous expirez à fond, il vous suffit de lâcher, d’arrêter de souffler pour que l’inspiration se fasse, sans effort.

Il ne semble pas nécessaire, durant la prière de prêter trop attention à ces phénomènes. Il est bon de les connaître, puis ensuite de les laisser se dérouler. Des exercices sur la respiration peuvent être utiles et bénéfiques, mais ils ne doivent pas intervenir dans le temps qui est consacré à la prière. Ce qui est au centre est alors la présence de Dieu et non notre propre souffle. Cependant, nous y reviendrons, lorsqu’on se trouve assailli de soucis ou d’émotions qui distraient de la prière, ce peut être un bon moyen pour se réunifier et pour se maintenir présent ici et maintenant que de reprendre conscience de son souffle en y prêtant attention durant quelques respirations.

Revenir par un mot à la présence de Dieu

CielCette manière de prier est très simple, elle consiste à dire intérieurement un mot tout en restant tranquillement assis.

La prière va ici s’appuyer sur un seul mot. L’idéal est de prendre le Nom par lequel on s’adresse spontanément à Dieu dans la prière : Père, Abba, Jésus, Seigneur, Dieu, Kyrie eleison, Adonaï… Il n’est pas nécessaire de se poser beaucoup de questions sur le choix de ce mot. Il n’y a pas un mot qui soit meilleur qu’un autre. Il est cependant important que l’usage de ce mot soit naturel, spontané, et qu’il soit un nom de Dieu, de préférence à une idée ou une qualificatif de Dieu comme « amour » ou « bonté ». Prenez donc le terme que vous utilisez spontanément pour vous adresser à Dieu.

Celui qui prie ainsi engage tout son être dans un mouvement d’amour envers Dieu pendant qu’il dit intérieurement ce mot, ou ce nom. Puis, il recommence. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Le sens du mot n’a pas beaucoup d’importance,on ne le médite pas intellectuellement. On ne cherche pas à en goûter toutes les significations, toutes les harmoniques. L’essentiel est de se tourner vers Dieu par ce mot, en s’appuyant sur ce mot comme le dit le Catéchisme de l’Église catholique : « Souvent répétée par un cœur humblement attentif, l’invocation du saint nom de Jésus est le chemin le plus simple de la prière continuelle. §2668 »

Si on ne sait pas trop quel mot prendre, on peut prier le Saint-Esprit et demander son aide pour ce choix. Il prie en nous et « il murmure en notre cœur Abba, Père », comme le dit saint Paul. Ce n’est pas compliqué, il suffit de tourner son attention vers Dieu et de laisser jaillir du cœur un mot par lequel nous l’appelons. Parfois, on choisit au départ, de manière un peu intellectuelle un mot qui semble bien, plein de sens etc, et puis très vite, après quelques temps de prière, un autre mot s’impose et remplace le premier. Il ne faut pas faire cela tous les quart d’heures, mais au début il y a parfois une petite période d’adaptation.

Une fois qu’on a commencé à prier sur ce mot, on continue, toujours sur le même, non seulement durant le temps de la méditation, mais dans toutes les méditations. Il y a ici une différence notable avec une autre forme de contemplation répétitive proche, dont Jean Cassien parlait déjà au Ve siècle, qui consiste à répéter au long de la journée un mot ou une expression que l’on aura saisit dans la lecture de la Bible ou dans la prière des psaumes. Cette rumination est une manière de prolonger presque physiquement la lecture, de continuer à se nourrir d’un texte au milieu des activités. Comme il s’agit d’une méditation, au sens où l’on goûte le sens ou les sens de ce mot retenu, il est normal que l’on change chaque jour, car cette pratique est une forme de résonance de la prière à la lecture. Ici, le mot n’est pas là pour nourrir la réflexion, pour faire descendre au fond du cœur un aspect du mystère contemplé dans la parole. Sa fonction est d’être un point d’appui pour rester tranquille en présence de Dieu, pour se tourner vers lui. Quand on a du mal à marcher, on ne change pas de canne à chaque promenade, ici on ne change pas de mot.